Pour dans peu

(Broché)
de Yves Navarre (Auteur)
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EN RÉSUMÉ

Paul Welt, médecin généraliste, est chargé par le Ministère de la justice de rédiger un rapport sur les conditions sanitaires dans les prisons. Durant six jours nous suivons ses pérégrinations, de la visite traumatisante d’un quartier pour adolescents d’une prison de province à des lieux qu’il a connus et décide de revoir — La Capte, ancienne maison de vacances dans le sud de la France du temps des bonheurs familiaux ; Amsterdam, où il a vécu un amour d’adolescence — jusqu’à son retour à Paris, dans son nouvel appartement de la rue d’Hautpoul où il vit depuis le départ de son épouse, Solange, et de leurs trois enfants qui ont désormais construit leur existence loin de Paris. Au doute qu’instaure le bouleversement de sa vie personnelle s’ajoute une profonde inquiétude quant à la marche du monde. Le « dessein de plus grande justice » auquel il aspire lui échappe inéluctablement...

La découverte d’un roman inédit dans les archives d’un écrivain de renom disparu depuis plus de vingt ans est un événement important. Le fait que le texte soit achevé et prêt à la publication accroît encore l’intérêt d’une telle trouvaille. Pour dans peu est en effet un roman complet de belle facture qui s’inscrit parfaitement dans la trajectoire romanesque de l’auteur. Par-delà des échos à l’œuvre déjà publiée, nous sommes avant tout en présence d’une histoire qui retient, de personnages attachants et d’une plume singulière, alerte et précise, évocatrice et envoûtante, qui interpelle les consciences.
    Sylvie Lannegrand

 

« Il en est comme ça de certains films, tableaux. Ils restent en vous. S’y installent. Prêts à vous accompagner, prompts à resurgir. Il en est comme ça de certains livres aussi. Pour dans peu d’Yves Navarre est de ceux-là. » Françoise Paran, Olé ! magazine

À PROPOS DE L'AUTEUR
Yves Navarre
né à Condom, dans le Gers, en 1940. Il est mort à Paris le 24 janvier 1994. On lui doit de nombreux romans et pièces de théâtre, dont "Le petit galopin de nos corps", "Portrait de Julien devant la fenêtre", "Kurwenal ou la part des êtres", "Le jardin d’acclimatation" (Prix Goncourt 1980) ou "Ce sont amis que vent emporte", "Le temps voulu" et "Lady Black", tous récemment réédités par H&O, ainsi que des nouvelles inédites dans le recueil "Avant que tout me devienne insupportable".
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FICHE DÉTAILLÉE

192 pages au format 13,5 x 21 cm
ISBN 9782845473010
Illustration de couverture © Hugo Laruelle, Florent endormi, 80 cm x 120 cm, huile et acrylique sur toile, 2012, collection  particulière.

Commentaires

Soumis par ALT JEAN YVES le
Il y a, pour tout homme conscient et honnête, ce qui s'accepte et ce qui se refuse en ce monde qui n'est pas très haut, ce qu'on fait et ce qu'on n'est plus en état de faire. Ce roman inédit se déroule sur six journées. Paul Welt, premier acteur de cette histoire, est médecin généraliste au service du ministère, chargé de rédiger un rapport sur les conditions sanitaires dans les prisons. Le roman commence par une visite – sa dernière – dans une prison pour mineurs ; il se poursuit dans différents lieux de la vie de Paul (le sud de la France qu'on retrouve dans de nombreux romans de l'auteur)… jusqu'à son retour à Paris, dans son appartement où il vit depuis le départ de ses trois enfants et de Solange son épouse. Paul Welt ne croit plus en son travail, pas plus en la faculté des hommes politiques à changer la société. Où est la justice auquel il a toujours rêvé ? L'être humain est-il perfectible et les relations humaines le sont-elles également ? Toutes ces questions provoquent un profond malaise chez lui. Pendant sa dernière visite en prison, Paul se demande comment il peut réagir face à des adolescents enfermés en prison et qui se murent dans le silence ? On pense au personnage du juge Kappus devant le jeune Julien Brévaille de « Portrait de Julien devant la fenêtre » (Yves Navarre, 1979). Que faire quand l'échec semble être le seul horizon ? Et qu'on ne trouve pas même les mots pour dire cet échec ? Le second personnage important est Friedrich. C'est un ami d'enfance de Paul, parrain d'un de ses fils, et, surtout écrivain. Avant son suicide, Friedrich a remis à son ami un manuscrit inachevé dont les citations parsèment le roman. Elles irriguent les interrogations de Paul qui aurait aimé lui-même les écrire. A défaut d'écrire « son » roman, Paul Welt nourrit donc ses témoignages, ses lettres (à son ex-épouse, à sa mère, dans ses lettres rêvées ou déchirées) d'extraits du manuscrit de son ami Friedrich. Paul Welt ne prend pas la parole au nom des autres, mais au nom de lui-même ; s'il se moque, c'est avant tout de lui-même, il cherche l'autre, la rencontre, une compagnie possible. « Pour dans peu » parle donc d'êtres qui se cherchent (il y a aussi le couple Rose et Raymond Lutek…), dont on a étouffé la sensibilité, la joie de vivre. Comme le héros de « Kurwenal » (1977), Paul Welt se sait « exemplaire, donc condamné ». Dès lors, il a le goût d'en finir avec tout le monde, de s'effacer, de disparaître. Il n'entend que les murs d'un asile, d'un oubli qui se referment sur lui. Et, par moments, Paul – grâce à Friedrich – est halluciné devant le vide auquel il court. « Pour dans peu » n'en est pas pour autant un roman pessimiste ; s'il rappelle que tout est trop souvent classé, codifié, rangé, isolé, tu, il déclare qu'on peut au moins rêver de mots, pour dire ce que l'on est, être ce que l'on est, avec des expressions qui foutent la paix et qui cessent d'épingler ce qu'on ne veut pas être. Car le vrai scandale est dans la parole et dans l'écriture qu'on ne peut plus déployer. « Noter ne servirait à rien. Il n'était que médecin généraliste, jamais il n'atteindrait les cimes de l'écriture. Un savoir lui manquait, celui du grandiose ou du saugrenu, celui du distrayant ou du délibérément provocant. Paul Welt se sentait piégé par le texte en cours de sa vie. Fallait-il donc, en écriture, aller plus vite que la vie elle-même ? Ou tricher avec le temps, composer, adorner, fabriquer, donner dans le stuc, l'extrême prévisible ou souhaité ? Paul Welt se disait qu'il trouverait peut-être la réponse, enfin une réponse, ne serait-ce qu'une seule, dans le texte de Friedrich. Il relut donc, titre, dernière ligne droite avant la fin, libellé, impossible récit, premières phrases, dès que j'écris par amour, pour nommer, l'encre bleue vire au noir, l'humour est gommé. Le monde est ainsi défait qu'il faut parader toujours plus, toujours plus encore. Et je ne peux plus jouer comme antan, jongler, faire semblant, taire, user de l'arme de la dérision pour masquer le sentiment véhément que m'inspire l'Histoire, incapable de renouer avec un temps présent qui, dans sa chute, précipite et m'entraîne. Et je ne peux... » (p. 160) Dans ce roman le papillonnement d'idées, de notations, d'intuitions – morales, vivantes, politiques même – nourrissent l'inquiétude et les tâtonnements de Paul Welt, substitut de l'auteur. Désabusé Paul Welt ? Oui, sans aucun doute. Mais aussi sur le qui-vive, se battant avec beaucoup de mots (en jouant beaucoup avec les mots) et dans l'attente quand même d'une révélation. Quelle arme donne Yves Navarre dans ce roman ? Celle de la plume qui est loin d'être désespérante. Ecrite, rêvée, envoyée, déchirée, peu importe. Elle nourrit tous ceux qui se déforment précisément parce qu'on les veut déformés. Car les blasés, les définitifs, ceux qui ne doutent pas et n'attendent plus rien, les voilà les vrais morts. Pour l'existence comme pour la littérature. Jean-Yves Alt, http://culture-et-debats.over-blog.com/2016/09/pour-dans-peu-yves-navarre-1991.html